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2 février 2014 7 02 /02 /février /2014 19:49

Une page d’histoire…
Je vous parle souvent de la biodiversité et des difficultés actuelles d’introduire et de tester de nouvelles plantes en culture sans être pointé du doigt comme étant un potentiel terroriste écologique. La question n’est pas prête d’être close.
J’ai trouvé dans les archives, ce texte de Mr.Naudin, publié en 1866 dont le titre était «naturalisation de végétaux exotiques ». Bien que datant de près de 150 ans, je trouve ce texte encore très actuel et il illustre bien nos difficultés lors de nos introductions de plantes.
Ce texte a été écrit à l’occasion de la (première ?) fructification du cèdre de l’Himalaya en France.

Cedrus deodara 1.Pinetum Brit.1884

"L’introduction de végétaux, surtout de végétaux utiles, dans les pays qui ne les possèdent pas naturellement, est sans contredit un des côtés les plus attrayants de la culture de la terre. Toute la question est de les assortir au climat et aux conditions économiques des lieux et des temps. Ce qui a fait la gloire de Parmentier, ce n’est pas d’avoir découvert la pomme de terre, qu’on connaissait bien avant lui, mais d’avoir compris le premier qu’elle pouvait tenir une place importante dans l’agriculture moderne et de l’avoir fait accepter. Au surplus, le mérite n’est pas moindre pour ceux qui savent découvrir dans les simples végétaux indigènes des propriétés restées jusque-là sans emploi, et qui parviennent, en les améliorant, à en tirer de nouvelles ressources agricoles. Quels services, par exemple, n’ont pas rendus les inventeurs de la betterave, du trèfle, de la luzerne, du sainfoin, et de quantité d’autres plantes devenues, ici ou là, une nécessité dans l’exploitation du sol ? La voie n’est pas nouvelle, sans doute, et bien des explorateurs l’ont déjà parcourue ; mais qui oserait dire qu’elle est épuisée et qu’il n’y a plus de découvertes à faire ?
Qu’on ne croie pas d’ailleurs que ces découvertes soient faciles et qu’elles s’offrent d’elles-mêmes au premier venu ; pour les faire, il faut une  perspicacité qui n’a pas été donnée à tout le monde. La connaissance des plantes est loin d’y suffire ; il faut y ajouter une sorte d’intuition des besoins du moment, deviner, pour ainsi dire, que la nature consentira à s’y plier, et, si elle résiste, savoir l’y contraindre par de savants artifices. Mais c’est là le point épineux, c’est là que beaucoup d’expérimentateurs succombent. Enfin, l’art le plus ingénieux lui même reste impuissant si les circonstances ne lui viennent pas en aide. Combien, depuis une cinquantaine d’années, n’a t-on pas vu d’essais, en apparence parfaitement conçus, échouer, faute de ce quid tertium plus facile à nommer qu’à définir ? Contre cette dernière difficulté, il n’y aurait qu’une ressource : lutter avec une persévérance infatigable ; mais qui consentirait à lutter sans cesse et sans espoir ?
Il y a cependant des caractères assez fortement trempés pour n’être  découragés par rien, et qui meurent à la peine ou triomphent. L’Angleterre, si féconde en améliorations agricoles, nous donne en ce moment une preuve nouvelle de ce que peut la volonté pour vaincre les résistances de la nature. Elle a voulu introduire les arbres à Quinquina dans ses possessions de l’Asie, et, malgré des obstacles multipliés, elle y a réussi. Ses plantations de  Quinquina occupent dès à présent de vastes espaces, à Ceylan, dans les montagnes des Nilgherries, et jusque dans l’Himalaya, sous un ciel presque aussi tempéré que celui de l’Europe méridionale. A Ceylan déjà, les arbres, presque adultes, ont fleuri et donné des graines, ce qu’on peut considérer comme le criterium de la naturalisation. Dans l’Himalaya, il existait, à la fin de l’année dernière, près de 40.000 pieds de Quinquinas, et ce nombre sera plus que doublé cette année. On se rappelle que, dans ces mêmes montagnes, l’Angleterre a installé, il y a une dizaine d’années, des cultures de thé, aujourd’hui florissantes, et bientôt peut-être les rivales de celles de la Chine. Enfin, si de l’Inde nous portions nos regards sur les colonies de la Nouvelle-Hollande, nous y retrouverions les prodiges de la persévérance anglaise dans sa lutte contre la nature. Toutes ces jeunes colonies grandissent à vue d’oeil depuis qu’on y a introduit, sur une immense échelle, les plantes économiques et les animaux domestiques de l’Europe. Au lieu de disserter sur l’acclimatation, on a agi comme si l’acclimatation était démontrée, et les résultats prouvent qu’effectivement c’était ce qu’il y avait de mieux à faire. En France, nous sommes loin de déployer une pareille activité, ce qui tient peut-être à ce que les ressources privées y sont beaucoup moins grandes qu’en Angleterre. Cependant le champ des expériences est ouvert devant nous tout aussi bien que devant nos voisins. La seule différence est que ce champ d’expériences, au lieu d’être à 5000 lieues de nos côtes, est simplement sous nos pieds. C’est la France elle même, allongée de la Corse et de l’Algérie. Ne médisons pas, cependant de nos compatriotes.

Cedrus deodara 2.Pinetum Brit.1884 Cedrus deodara 3.Pinetum Brit.1884
Cedrus deodara publié dans Pinetum Brit. en 1884

Au milieu de l’indifférence ou de l’impuissance générale à acclimater, on peut citer quelques hommes d’initiative, qui ont pris au sérieux la naturalisation des arbres exotiques, et en ont introduit un bon nombre sur divers points de notre territoire, où on sera bien aise un jour de les trouver. Parmi ces hommes de progrès, il n’est que juste de rappeler ici celui qui s’est le plus signalé dans cette voie, le vénérable créateur de l’arboretum de Geneste, près Bordeaux, M.Ivoy, qui a consacré déjà plus de 40 ans de sa vie à cette utile entreprise. C’est à lui que nous devons de savoir que les arbres de l’Amérique septentrionale ont trouvé dans les landes un climat et un sol favorables, et que, par eux, cette terre jusque-là si peu productive, pourra fournir des bois de construction bien préférables à celui du pin maritime, qui l’a presque  exclusivement occupée depuis des siècles. Nous ne reparlerons pas des succès qu’il a obtenus dans sa longue carrière, mais nous sommes bien aise de pouvoir ajouter à ce que l’on en sait déjà que, le premier en France, il a récolté des graines mûres du cèdre de l’Himalaya, et qu’une vigoureuse génération nouvelle, issue de ces graines, s’élève en ce moment dans ses plantations. On peut donc considérer désormais ce bel arbre comme définitivement acquis à la France.

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Published by Cedric Basset - dans Botanique
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