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17 août 2011 3 17 /08 /août /2011 21:46

Les hybrides d’Iris germanica, très plantés dans les jardins, ont longtemps fait de l’ombre aux espèces sauvages, certes moins opulentes mais nettement plus raffinées. On recense plus de 220 espèces d’iris originaires de l’hémisphère nord. Il en existe de toutes tailles, formes et couleurs.

Depuis octobre 2010, notre collection est labellisée par le CCVS. Et si certains iris sont relativement courants, d’autres demandent des prouesses pour les découvrir !

 

C’est le cas de l’iris qui nous intéresse ici. Il est originaire d’une montagne située dans le sud-ouest de la Turquie. C’est une région qui a toujours été bien explorée par les naturalistes et, étrangement, cet iris n’a été décrit qu’en 1982. Il est vrai que d’autres espèces végétales ont été récemment décrites de ces régions mais cet iris est resté longtemps inconnu de part sa situation géographique. En effet, il pousse sur la montagne Honaz, près de la ville de Denizli, dans le sud-ouest du pays. Cette montagne n’est pas le bout du monde, loin de là, mais elle est entièrement interdite d’accès car zone militaire avec une base à son sommet.

Cela explique pourquoi cet iris est resté si longtemps bien caché.

 

En préparant un voyage dans cette région en avril 2006, j’avais repéré cet iris dans la littérature. J’avais donc bien envie d’aller le voir en fleurs dans son milieu naturel même si la probabilité de tomber dessus était faible. Passant à Denizli sur la fin de notre parcours, le détour par Honaz Dag était indispensable. C’est au pied de la montagne que nous avons vu les barrières et autres panneaux interdisant l’accès et stipulant que nous entrions en zone militaire en cas de franchissement des clôtures. Nous décidons donc de garer la voiture et d’explorer la flore située au bas de celle-ci. Il y avait plein de plantes intéressantes comme des aristoloches herbacées, des tulipes, des corydales, des fritillaires... mais pas d’iris. Le centre de diversité des iris se situe à l’est du pays et non dans cette région où ils sont plus rares. C’était tout de même dommage d’en rester là. On ne va pas passer par ici tous les jours !

Tant pis, on prend le risque et on franchit les barrières avec notre voiture de location. La route montait doucement sur le flanc de la montagne, offrant petit à petit une vue imprenable sur la région. La montagne était déserte. Nous avons suivi la route pendant un bon moment jusqu’aux plaques de neige, non loin du sommet et de la base, où fleurissaient des crocus et des scilles. Je pense que c’est à cet arrêt que nous nous sommes faits repérés...

 

Etant trop haut pour trouver notre fameux iris, nous redescendons en altitude et faisons un arrêt, au détour d’un virage. Nous cachons le véhicule derrière un bosquet (erreur à ne pas faire si on veut faire croire qu’on n’avait pas vu les panneaux...). Cela ne faisait pas 3 minutes que nous étions descendus de voiture, que plusieurs véhicules remplis de militaires arrivent au galop vers nous.... Nous venions juste de tomber sur une touffe d’iris non fleurie. Pas le temps de réfléchir et tergiverser, avant que les militaires nous arrêtent, j’en glisse un petit morceau dans ma poche. On verra bien mais si j’arrive à le ramener, on en aura le cœur net.

 

Nous voilà donc remontés dans notre véhicule, avec 2 militaires armés sur la banquette arrière et escortés jusqu’à la base par des camions. Les temps ont certes changés, mais qui a vu le film Midnight Express me comprend...

La suite dura quelques heures, soupçonnant maintenant les militaires d’en avoir profités pour nous flanquer une belle frousse. Passeports, des tas de questions en turque, appareils photos (à cette époque, je faisais encore de la diapositive, il était donc impossible de leur montrer les photos et j’avais peur qu’ils confisquent toutes les pellicules du voyage), coups de téléphone, regards étranges sur mes parts d’herbiers...

C’est étrange comme par moment on ne fait pas son malin !

Nous serons finalement escortés jusqu’au pied de la montagne en espérant ne pas être « fichés » pour notre départ à l’aéroport quelques jours plus tard.

 

Mais revenons à mon petit bout d’iris dans ma poche. Il a très bien survécu à l’aventure et il trouva rapidement sa place dans la rocaille de notre jardin. Mais son identité restait toujours mystérieuse. A ce stade, pas moyen de le distinguer d’un simple Iris lutescens....

Il fallu attendre 2 ans pour enfin savoir... De hautes tiges dressées émergèrent du feuillage pour déployer de magnifiques fleurs correspondant à tout point à... Iris purpureobractea !

Quelle chance ! et quel bel iris....

 

Sur sa montagne, il poussait dans un sol très caillouteux et bien drainant. Nous lui avons donc recréé un substrat similaire. L’altitude à laquelle il vit, fait qu’il est tout à fait résistant à nos hivers. C’est une espèce à rhizomes et non à bulbe du groupe Pogoniris. Ses feuilles poussent par touffes serrées et ne dépassent guère les 15/20 cm de haut. En fleurs, par contre, il monte bien plus haut et atteint près de 40 cm environ. Ses fleurs sont blanches à jaune pâle ou bleu pâle et variablement teintées de pourpre. Elles s’épanouissent en avril-mai.

 

Cet iris a été décrit par B.Mathew & T.Baytop en 1982 dans la revue The Garden où ils notent au moins 3 stations dont certaines ne comportent que des plantes à fleurs jaunes. Le clone que nous avons ramené est à fleurs blanches joliment lavées de pourpre.  Un iris à cultiver dans la rocaille ou en auge, dans un substrat bien drainant, même pauvre et caillouteux, en plein soleil.

 

Iris-purpureobractea-2.jpg

 Iris-purpureobractea-3.jpg

 

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